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Stichtingsdatum: 1 februari 2007


"VERBA VOLANT, SCRIPTA MANENT!"

"Niet-gesubsidieerde auteurs" met soms "grote(ere) kwaliteiten" komen in het literair landschap te weinig aan bod of worden er niet aangezien als volwaardige spelers. Daar zij geen of weinig aandacht krijgen van critici, recensenten en andere scribenten, komen zij ook niet in the picture bij de bibliothecarissen. De Overheid sluit deze auteurs systematisch uit van subsidiëring, aanmoediging en werkbeurzen, omdat zij (nog) niet uitgaven (uitgeven) bij een "grote" uitgeverij, als zodanig erkend.

1 juli 2010

"ARAKMBUT"

UN EXTRAIT DU ROMAN DU RIEN VAN FRANCIS CROMPHOUT


Toute la journée ils la passèrent à éviter les broussailles qui longeaient l’Alto Karene. Le nom du fleuve, Hugo l’apprit de Jano qui connaissait la région grâce aux indications du père dominicain qui venait tous les dimanches lire la messe à Palotoa. Dans sa mission ils recevaient de temps en temps des jeunes Arakmbut auxquels ils enseignaient les rudiments de la langue castillane, tout en les familiarisant avec la religion catholique.

A un moment donné il fit signe à ses compagnons de s’approcher. A travers les ronces et les lianes apparut une construction de pierre:
- Une bâtisse des Arakmbuts? demanda Hugo.
- Non, regarde, dit Jano, et il montra les niches trapézoïdales qui abritaient des débris de cruches et de poteries.
Perico s’approcha et prit un des débris qu’il tendit à Hugo:
- Tu vois la forme du cou de ce gobelet, c’était probablement un quero inca.
- Les Incas sont donc venus ici ?
- Il ne faut pas en douter et la terre aplatie qui longe la rive n’est rien d’autre que la continuation du chemin de pierre que nous avons rencontré lors de la descente de la pyramide.
- Les Arakmbut leur étaient-ils soumis ?
- Oui et non, les Arakmbut ne se sont jamais soumis à personne. Jano interrompit l’explication qu’il se préparait à donner, car Angel lui avait fait signe…. Attention, ils sont ici. Restez calmes et laissez-moi faire.

En effet, tout à coup ils étaient là, lances en main, la taille entourée d’une toile rouge comme la peinture dont ils avaient enduits leurs visages. Hugo vit qu’ils avaient aussi la tête couverte de plumes rouges. Jano s’approcha d’eux. Il prononça des sons gutturaux qu’il accompagna de grands gestes. Les Arakmbut baissèrent leurs lances. Ils firent un geste en direction d’Angel. Jano semblait faire les présentations. Ils hochèrent la tête d’une façon qui paraissait exprimer la satisfaction. Là-dessus ils désignèrent les autres membres de l’expédition. Goya les présenta de la même façon. Là-dessus les Arakmbut firent signe de les suivre en direction de la forêt. Jano fit à son tour signe de les suivre.

Les hommes rouges les emmenèrent vers un espace ouvert où s’était creusé une mare, reste probable d’une des inondations que devait causer chaque année l’Alto Karene à l’époque des crues. Elle était entourée de sables. Tout autour il y avait des huttes, dans l’une d’elle pétaradait un générateur qui actionnait une tuyauterie d’où sortit l’eau de la mare propulsée à haute pression sur un tas composé de sable et de cailloux. Un homme ramassait le sable noirci et le mettait dans des seaux. Un autre y ajoutait un produit liquide et déposait le seau près d’une dizaine d’autres d’où se dégageait une fumée malodorante.

- C’est du mercure, dit Perico, ils l’utilisent pour séparer l’or de la terre.
- Et ils travaillent ainsi les mains nues, s’inquiéta Hugo.
- Oui, c’est cancérigène, mais que veux-tu? Les marchands intermédiaires n’auront pas de quoi investir dans la sécurité de leurs ouvriers.
- Mais c’est une horrible exploitation, s’écria Hugo.
- Ici c’est la selva. Ici tout le monde exploite tout le monde.

Les Arakmbut leur firent signe d’entrer dans une des cases. Jano et Grenci restèrent dehors devant le seuil et entamèrent une longue discussion avec leurs hôtes. Après un temps Grenci revint dans la case et demanda à Angel de sortir. A la surprise du Machiguenga un des hommes peints en rouge parlait l’arawak qui était la langue de son peuple. Il revint à son tour dans la case et demanda à tous de le suivre :
- Les Arakmbut que nous avons rencontrés sont des jeunes hommes en quête d’une femme. Ils se sont transformés en oiseau afin de communiquer avec les esprits. La teinture rouge, issue de l’achiote, ils se la sont appliquée comme moyen d’attraction pour les femmes. Lorsque Jano leur a dit que j’avais des dons de voyant ils m’ont demandé de les accompagner pour faciliter la communication avec le monde invisible. Ils veulent que les esprits les aident à obtenir une femme pour l’emmener dans leur propre village. Il doit y avoir pénurie, je suppose. Alors je leur ai dit que j’étais d’accord à condition que vous puissiez aller avec nous.
- Allons-y donc ! La curiosité s’était emparée de Hugo et comme ni Perico, ni Jano ne semblaient y voir d’inconvénient, il donna l’ordre à tous de suivre les hommes-oiseaux Arakmbut.

***

En guise de village il y avait là une dizaine de cases regroupées autour d’une place centrale occupée en son centre par un arbre. Devant le seuil de chaque case étaient assis des hommes, accompagnés de femmes et d’enfants. Hugo et ses compagnons prirent place parmi eux. Les Arakmbut quant à eux, entrèrent dans le cercle en chantant et dansant. Ils levèrent le plus haut possible leurs jambes rougies à l’achiote. Du public sortirent des cris d’approbation. Quelques jeunes filles se levèrent et tentèrent de traverser le centre en rompant le cercle formé par les danseurs. Ceux-ci tendirent leurs jambes de façon à les faire trébucher. Après un temps toutes les jeunes filles s’étaient regroupées au milieu du cercle formé par les hommes-oiseaux qui faisaient des prouesses de saut en hauteur autour d’elles pour les convaincre de la valeur de chacun d’eux. Ce petit jeu se poursuivit tout un temps à la satisfaction de tous, comme il paraissait, lorsque tout à coup chants et danses s’arrêtèrent. Une discussion embrouillée entre les hommes rouges et les villageois s’ensuivit.

- Les choses risquent de se gâter dit Jano. Un des Arakmbut a reconnu parmi les filles quelqu’un de son village à lui et il exige qu’on la renvoie dans son propre village. Ce qui me paraît justifié d’ailleurs car tant qu’une fille n’a pas été reconnue comme femme d’un homme d’un clan différent, elle ne peut pas aller vivre avec lui.

Angel se leva alors et se dirigea vers l’Arakmbut qui connaissait sa langue. Celui-ci leva la main et parla aux villageois qui firent des signes précipités en direction d’un des leurs, un homme âgé. Lorsque celui-ci se leva à son tour, le silence complet s’installa. Il fit signe à Angel de le suivre et ils entrèrent tous les deux dans une case.

- C’est un shaman, expliqua Jano, et il demande à Angel de consulter ensemble les esprits. Ils vont prendre de l’ayahuasca, un hallucinogène assez fort que les sorciers distillent d’une liane sacrée et après leur voyage commun au monde des esprits ils rendront leur verdict.
- Et vont-ils également nous communiquer leurs visions à nous, demanda Hugo qui était devenu de plus un plus curieux.
- Je demanderai à Angel, probablement qu’il le fera, dit Jano.

***

La nuit était noire, c’est-à-dire tout éclairée de ses mille et une étoiles, lorsque Angel et le shaman sortirent de leur case. On avait fait un feu, dont les braises dégageaient une agréable chaleur. Le shaman prit place près du feu. Les hommes qui l’avaient attendu, étendus sur leurs nattes, s’approchèrent de lui. Les femmes et les enfants restaient à l’écart mais ne tendirent pas moins les oreilles, curieux du récit que leur ferait le shaman. Celui-ci sortit un brin de tabac d’un petit étui en écorce qui pendait à sa ceinture et le fourra dans une pipe difforme, creusée dans un morceau de bois de liane. Il l’approcha d’une mince branche qu’il avait cueillie du feu et commença à inhaler la fumée tout en paraissant en même temps ruminer ses pensées. Ensuite il parla plus ou moins en ces termes, car le récit tel que Hugo l’écouta par après était la version d’Angel. Mais ce dernier omit d’expliquer les nombreuses réactions des Arakmbut, qui réagirent fréquemment en manifestant leur approbation ou étonnement et n’hésitèrent pas ajouter leurs commentaires, ce qui faisait présumer que le récit qu’il leur conta leur était probablement déjà connu, mais que la variante qu’il leur donna cette nuit, était le véritable objet de leur intérêt. D’autre part, Angel ne devait pas non plus être étranger au message. C’est que, dans leurs rêves hallucinés, les deux voyants étaient entrés en communication, leurs âmes flottant, comme l’avait expliqué Angel, dans le même monde invisible où ils avaient à plusieurs reprises rencontré les mêmes images et partagé les mêmes visions. Mais voici la version d’Angel:

Un jour les animaux visitèrent le village des hommes. Les tapirs, les pécaris, et même les plus féroces, tels que le jaguar, se montraient dociles et soumis et se laissèrent attraper sans s’enfuir ni offrir de résistance. Alors vinrent les Taka, des gens bien belliqueux, mais cette fois-là ils vinrent en amis. Ils avaient vu le feu qui inondait toutes les rives, remontant du fleuve vers ses sources, feu qui allait arriver bientôt au village et dévorerait tout avec ses flammes. Et la chair des animaux devint amère comme le tabac, et l’eau devint également amère comme l’ayahuasca. Le feu était arrivé tout prêt et une pluie de sang s’abattit sur eux. Ils virent alors la fumée du brouillard qui montait du fleuve et la même fumée apparut au-dessus des montagnes. Et de la fumée sortit une forme rouge. C’était une sorte de perroquet qui tenait en son bec un morceau de fruit, également de couleur rouge. C’était le fruit de l’arbre Wanamey. Il survola le village et chaque fois qu’il voyait une jeune fille, il descendit un peu et la frôla de ses ailes. Les Arakmbut y virent un message et consultèrent leur shaman. Celui-ci leur dit d’aller chercher une jeune fille et de la coucher sur le sol, étendue sur le dos, jambes écartées. L’oiseau s’approcha alors d’elle et approcha son bec de son sexe. Mais comme la fille n’était plus vierge, il s’éleva de nouveau vers le ciel en tenant ferme le morceau de fruit dans son bec. Ils amenèrent une deuxième fille et le même manège se répéta. Et ainsi de suite. Ce ne fut que quand une fille d’un autre clan s’étendit par terre que l’oiseau descendit pour de bon et lâcha le morceau de fruit qui tomba sur son sexe. Après quelques moments une petite plante brouta de ses lèvres vaginales. La plante commença à croître et devint un arbre.

A ce moment l’inondation de feu avait atteint le village et les flammes s’approchèrent dangereusement. Les Arakmbut appelèrent l’arbre Wanamey, ce qui veut dire « Sauve nos gens » et ils lui demandèrent s’il pouvait descendre jusqu’à eux. Et l’arbre descendit et ils se dirent entre eux : «Comme il risque de pousser aussi haut que le ciel, il nous faudra monter à l’arbre». Tous les hommes grimpèrent sur son tronc et aussi toutes les femmes. Mais les femmes ne parvinrent pas à s’accrocher à ses branches et moururent englouties par les flammes. Une seule femme parvint à se sauver. Son frère qui était installé sur une branche lui avait tendu la main et la tira vers lui. Il s’inclina aussi vers une autre fille, car il avait envie d’elle et voulait la prendre avec lui. Mais au moment où elle s’était agrippée à son bras, le feu l’atteignit et le brûla. Surpris par la douleur il la lâcha et elle retomba dans les flammes. Comme il n’y eut pas d’autres femmes, l’homme eut des relations avec sa sœur.

Le feu s’éleva de plus en plus autour de l’arbre et l’arbre se vit obligé de pousser de plus en plus haut pour y échapper et ce jusqu’à ce qu’il restât hors d’atteinte des flammes et de la fumée. L’arbre produisit tout ce dont les hommes réfugiés dans ses branches avaient besoin. Lorsque quelqu’un avait faim, l’arbre lui donna des bananes, de la yuca, de la canne à sucre et lorsqu’ils avaient soif, il leur procura de l’eau. Quand les Arakmbut étaient fatigués, l’arbre leur désigna un endroit et un lit apparut entre les branches. Beaucoup d’animaux étaient également montés à l’arbre. Toutes sortes de serpents, des jaguars, des pécaris et des tapirs. Lorsqu’un Arakmbut crut qu’un serpent allait le mordre, il le saisit et tenta de le jeter hors de l’arbre. Alors Wanamey l’immobilisa dans ses branches et permit au serpent de se sauver. Il lui dit : « ici aucun animal n’est dangereux. Et les Arakmbut comprirent et n’entreprirent plus rien contre les animaux.

A un certain moment les Arakmbut s’aperçurent que le feu n’arrivait plus jusqu’au tronc. C’est qu’un anaconda rodait à quelques pas de l’arbre. Le serpent s’était glissé autour de lui et il avait formé une mare circulaire d’eau où nageaient de petites carpes et le feu s’arrêta. Mais au même instant tout devint obscur. Une nuit noire s’installa, sans lune ni étoiles, et les Arakmbut ne pouvaient plus rien voir. Après trois mois ils entendirent le chant d’un grillon et un oiseau chanta « Nès!Nès! le jour arrive » et les gens se dirent que tout comme l’autre oiseau cet oiseau essayait de nouveau de leur donner un conseil. Peu à peu le jour arriva. Les feuilles de Wanamey devinrent de plus en plus claires et lorsque le jour s’était fait complètement, ils virent que les feuilles étaient de différentes couleurs: noires, jaunes, rouges… Et il apparut que les feuilles étaient en fait des oiseaux. Les feuilles vertes étaient des perroquets verts et les bleus et les rouges des perroquets bleus ou rouges. Les Arakmbut pouvaient enfin voir tous les animaux installés parmi eux dans l’arbre. Et les perroquets commencèrent à crier et tous les autres animaux les imitèrent. C’était un fameux boucan! Et même les pécaris se firent entendre, suspendus aux racines qui poussaient sur les côtés du tronc en direction du sol. En regardant les pécaris les gens se demandaient s’ils ne pouvaient pas retourner sur la terre ferme. Ils demandèrent à l’arbre de descendre un peu. Ce qu’il fit. Les gens jetèrent alors une branche. Mais celle-ci disparut dans la boue. Plus tard ils lancèrent une deuxième branche et cette fois-ci ils virent qu’une pointe émergeait et ils se dirent que la terre commençait peu à peu à s’endurcir. Ils jetèrent une troisième branche et celle-ci resta à moitié visible sur la boue. Les gens attendirent encore un peu puis laissèrent tomber une dernière branche et ils constatèrent que la terre était enfin devenue ferme. Mais elle n’était ferme qu’autour de l’arbre. Car lorsque les gens demandèrent à l’arbre de descendre tout à fait, ils s’enfoncèrent dans la boue et tous moururent. Seuls le frère et la sœur, qui étaient restés dans l’arbre, survécurent. Mais ils furent à l’origine de toute mort parmi les Arakmbut. Lorsque eux aussi descendirent enfin de l’arbre, celui-ci disparut sous terre pour un long voyage vers le bas. Il ne remontera qu’à la fin du monde pour sauver les Arakmbut.

Le frère et la sœur restèrent sur la terre ferme avec leurs enfants. Ils avaient faim et froid et n’avaient pas de feu. Arriva alors des montagnes le picvert Manco Inca. Ils lui demandèrent s’il savait où il y avait du feu. L’oiseau leur répondit qu’il en avait vu dans la case du malin génie Toto. Alors ils lui supplièrent s’il ne voulait pas voler le feu pour eux. En les voyant tout frissonnants et affamés, le picvert prit pitié d’eux et s’envola vers la case de Toto. Arrivé là, il dit à ce dernier «le monde entier est brûlé» ce qui surprit grandement le malin génie qui eut un moment de distraction. Le picvert en profita pour prendre le pieu ardent qui engendre le feu, dans son bec et s’enfuit en direction du frère et de la sœur. Il se posa sur une branche qui se trouvait un peu au-dessus du frère et de là jeta le pieu ardent sur le dos de l’homme où il ricocha avant de tomber sur le sol où il prit feu.

Ensuite ils voulurent de l’eau, car l’eau avait disparu avec l’arbre Wanamey. Une libellule arriva alors et leur dit : « partout où je pose ma queue il y a de l’eau qui surgit ». Sur ce elle pissa sur le sol et elle frotta sa queue dans l’urine. Et partout où elle passa apparut l’eau et les rivières, les mares et les lacs….

***

Hugo et ses compagnons avaient écouté le récit d’Angel sans faire aucun commentaire et n’osaient pas briser le silence que celui-ci avait laissé après sa dernière phrase prononcée de manière hésitante. Ils étaient installés dans leur camp, plusieurs dizaines de kilomètres déjà en amont de l’endroit où ils avaient étés surpris par les Arakmbut. Ceux-ci les avaient laissés partir, après que leur problème s’était résolu, grâce entre autres à l’intervention de Angel, qui s’était entendu avec leur shaman pour laisser partir la fille avec les hommes de son clan. Ensuite une demande en mariage en bonne et due forme d’un des leurs avait été acceptée par le clan voisin. Hugo s’était fait la réflexion que chez les soi-disant sauvages d’Amazonie tout conflit pouvait trouver son règlement, du moment qu’on y mettait les formes. Cette pensée le transposa un instant devant la grisaille de l’ordinateur de Scribouille, confronté on line avec les procédés mesquinement civilisés d’un président américain en quête de prétextes pour une guerre tribale à sa façon.

***

De nouveau Angel fixa Hugo sans vraiment paraître le voir; la façon de regarder dont il avait la coutume chaque fois qu’il était visité par des visions. Lorsqu’il brisa enfin le silence, c’était pour lui dire:
- Ce récit vaut aussi pour toi…
- Et pour nous, reprirent, presque à l’unisson Jano et Jeremias.
- Chez les Shipibo l’arbre de la vie s’appelle Huito, dit Jeremias.
- Et chez les Machiguenga, ajouta Angel, nous avons l’arbre de feu Pachacama qui après voir créé les espèces et leurs formes d’agir entre elles, termine empalé sur l’arbre de la fin du monde.
- La fin du monde, est-ce cela le message?… Sur cette réflexion, faite à haute voix, l’enchantement se brisa et Angel regarda Hugo maintenant de son vrai regard de tous les jours.
- La fin du monde ou le début du monde, qu’importe. Le frère a connu la sœur maritalement et la mort s’est abattue sur son peuple.
- Mais aussi la survie, s’empressa Hugo d’ajouter.
- Oui, car c’était pour lui l’unique façon de sauver son peuple. L’arbre de la fin du monde est aussi l’arbre sauveur.
- Mais qu’ai-je à voir moi avec cette histoire d’inceste pour la bonne cause?
- L’homme que tu recherches est très malade maintenant. Pendant que j’errais dans le monde invisible, je l’ai rencontré. Il étouffait dans la fumée du lac et les oiseaux qui circulaient au-dessus de lui, haut dans le ciel, étaient des vautours.
- Angel, j’ai peur, crois-tu qu’il est sage de continuer notre périple? Le regard d’Angel devint plus doux, amical presque:
- Demain nous continuerons notre route jusqu’aux montagnes.


Francis Cromphout

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